Éclairages publics, de magasins, d’habitations… Il n’est pas rare, lorsque l’on se promène le soir ou la nuit, de constater la présence de lumière artificielle à des moments qui ne correspondent pas à des moments de lumière nocturne naturelle. Cette lumière peut avoir des conséquences néfastes sur l’environnement : on parle alors de « pollution lumineuse ». Comment se manifeste t-elle ? Quels sont ses effets écologiques, notamment sur les oiseaux et les zones humides ?
Pollution lumineuse directe ou indirecte ?
- La pollution lumineuse directe est ponctuelle, elle provient de l’émission de lumière qui rencontre directement la surface terrestre ou aquatique. Dans les zones urbaines, elle peut atteindre des niveaux de luminosité jusqu’à 1000 fois supérieurs à ceux d’une nuit de pleine lune !
- La pollution lumineuse indirecte est diffuse, elle provient de la lumière qui est déviée par la réflexion sur les surfaces ou la diffusion dans l’atmosphère : elle prend la forme d’un halo lumineux (ou « skyglow »). Cette émission de lumière par le ciel nocturne est visible sur de grandes distances et peut entraîner des niveaux de luminosité des centaines de fois supérieurs à la luminosité naturelle et des niveaux d’éclairement supérieurs à ceux de la pleine lune ! L’éclat du ciel change également avec les conditions atmosphériques et météorologiques : par exemple, la couverture nuageuse amplifie ce phénomène de halo lumineux.
La pollution lumineuse : un phénomène mondial en progression
On estime que 80 % de la population mondiale et plus de 99 % de la population des États-Unis et de l’Europe vivent sous un ciel pollué par la lumière ; et que la Voie lactée n’est pas visible pour plus d’un tiers de l’humanité ! La pollution lumineuse mondiale est un phénomène en augmentation, en particulier dans les pays en développement.
Et en France ? Selon l’Observatoire national de la biodiversité, la pollution lumineuse touche jusqu’à 85% du territoire métropolitain : il s’agit essentiellement de l’éclairage publique, des habitations et de la signalisation.
Les effets de la pollution lumineuse sur les espèces animales
La pollution lumineuse ne se limite pas à la privation de l’observation des étoiles la nuit – ce qui est déjà bien dommage ! Elle constitue également une source de perturbation pour les espèces animales – dont l’homme fait partie – et végétales, qui ont besoin d’une alternance entre le jour et la nuit ; et un gaspillage énergétique considérable.
La lumière artificielle nocturne modifie une multitude de fonctions biologiques chez les organismes, qu’elles soient physiologiques (le fonctionnement de notre « horloge interne » ou les capacités de notre système immunitaire, par exemple) ou comportementales (les interactions entre espèces, les déplacements…). Intéresson-nous plus particulièrement aux effets écologiques de la pollution lumineuse sur les oiseaux et les zones humides.
Chant, alimentation : l'impact de la pollution lumineuse chez les oiseaux
La pollution lumineuse agit sur le chant des oiseaux. S’il débute généralement à l’aube, la présence de lumière artificielle nocturne incite certains mâles à chanter plus tôt, parfois jusqu’à 2 heures avant le lever du soleil pour le Rouge-gorge ! Quant aux femelles, elles pondent plus tôt dans la saison. Cela peut entrainer un décalage entre la présence des proies (insectes) et la période de nourrissage des jeunes.
Parmi les échassiers – que l’on retrouve notamment à Grand-Lieu, le Héron bihoreau et la Spatule blanche se nourrissent plus souvent la nuit ; les limicoles* s’alimentent, eux, de jour comme de nuit ; et les hirondelles sont particulièrement actives au crépuscule. Il existe donc une compétition naturelle entre ces espèces pour s’alimenter, que la présence d’éclairage nocturne va augmenter : les oiseaux qui se nourrissent de nuit auront une période d’alimentation plus courte ; à l’inverse, les oiseaux diurnes prolongeront leur activité de recherche de nourriture.
* Limicoles : petits oiseaux aux longues pattes se nourrissant sur la vase.
La pollution lumineuse affecte aussi les amphibiens
La lumière artificielle nocturne attire les insectes, source d’alimentation pour les amphibiens. Au printemps, lors de la migration nocturne des grenouilles et crapauds, on retrouve davantage d’individus écrasés sur les routes éclairées que sur les routes non éclairées. Par ailleurs, lorsqu’il est exposé à un éclairage artificiel, l’activité nocturne et le métabolisme du Crapaud commun diminue et il devient moins efficace pour capturer des proies.
La pollution lumineuse affecte donc la migration, la reproduction et la recherche de nourriture chez de nombreuses espèces animales.
Les effets de la pollution lumineuse sur les zones humides
Plus de la moitié du littoral européen est exposée à un éclairage artificiel nocturne. Les zones humides ne sont donc pas épargnées par cette pollution lumineuse, mais peu d’études ont été menées sur le sujet.
Les mares et rivières présentes en zones urbaines sont parfois éclairées en permanence à une intensité proche du lever ou du coucher de soleil. Cette pollution lumineuse augmente la mortalité des insectes et amphibiens nocturnes qui sont attirés par la lumière. De plus, la lumière artificielle nocturne simule les reflets de la lumière naturelle sur l’eau sur des surfaces artificielles brillantes telles que des vitres, des routes ou des voitures. Certains insectes aquatiques, comme les éphémères, pondent alors leurs œufs sur ces surfaces artificielles et non sur l’eau.
Comment limiter la pollution lumineuse ?
Des alternatives simples permettent d’éviter ou de réduire la pollution lumineuse : par exemple, des lumières de lampadaire LED directionnelles qui éclairent uniquement vers le bas – et non vers le ciel – et s’éteignent à une certaine heure ; ou des enseignes de magasins éteintes la nuit.
Et la bonne nouvelle, c’est que l’on peut également tous agir à titre individuel !
- Prendre l’habitude de fermer les volets de nos habitations lorsque la lumière est allumée le soir, afin de de ne pas diffuser notre lumière à l’extérieur.
- Bien éteindre la lumière lorsque l’on quitte une pièce.
- Préférer des ampoules moins puissantes, dont la lumière est moins intense et donc moins dérangeante. Il parait d’ailleurs que cela profite aussi au porte-monnaie et à l’environnement 😉
Références
- ecologie.gouv.fr
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