Les multiples épisodes de canicule du printemps et de l’été 2026 ont entraîné une surmortalité remarquable en France. Les impacts sur la santé publique et les animaux domestiques sont désormais documentés. À l’inverse, la faune sauvage est la victime silencieuse de ces canicules. La crise écologique qui traverse nos forêts, nos rivières, nos campagnes et nos villes révèle pourtant la vulnérabilité globale de notre approche face au changement climatique.
Le stress thermique : l’impact de la canicule sur les organismes
Les températures extrêmes perturbent les mécanismes biologiques fondamentaux maintenant le milieu intérieur des animaux en équilibre (ce que l’on appelle l’homéostasie). Chaque groupe zoologique possède, en effet, des limites physiologiques précises. La température maximale critique, c’est la plus haute température qu’un organisme puisse supporter avant de subir une défaillance physiologique majeure menant à la mort.
Des oiseaux aux lézards, la canicule impacte l’ensemble de la faune sauvage
Les oiseaux, ou le drame du nid-bouilloire
Pour dissiper la chaleur, les oiseaux ne transpirent pas, ils utilisent le halètement. Ils augmentent ainsi leur fréquence respiratoire pour évaporer de l’eau par les voies aériennes (bec ouvert et respiration rapide). Cela mène rapidement à une déshydratation sévère 1,2.
Chez les oiseaux cavicoles, tels que le Martinet noir ou l’Hirondelle de fenêtre, les cavités de nidification sous les toitures en tuiles ou en zinc deviennent des fours et atteignent parfois 50°C. Cherchant un air respirable, les oisillons se précipitent alors hors du nid avant de savoir voler et s’écrasent au sol 3.
Les mammifères, ou la limite de la thermorégulation
Chez les mammifères – donc chez l’humain – la régulation thermique repose :
- d’une part, sur la vasodilatation périphérique. Le sang afflue vers la peau pour dissiper la chaleur : c’est pourquoi on est rouge lorsque l’on a chaud !
- D’autre part, sur la transpiration ou le halètement.
Lorsque la température interne dépasse 42°C, les protéines cellulaires commencent à s’altérer. Si ce stress cellulaire persiste, les membranes cellulaires deviennent perméables. Elles libèrent alors des toxines dans le sang et déclenchent une défaillance de plusieurs organes 4,5.
Les chauves-souris, suspendues dans les greniers ou sous les écorces d’arbres, souffrent de déshydratation fulgurante. Les mères abandonnent alors fréquemment leurs petits pour chercher de l’eau ou meurent déshydratées sur place 6. Avec la chaleur, les toitures deviennent brûlantes, ce qui oblige certaines espèces à fuir : c’est le cas de la Pipistrelle commune.
Pipistrelle commune se reposant à La Maison du Lac de Grand-Lieu ©MDL
Les poissons, ou l’asphyxie thermique
Les poissons sont des organismes ectothermes (« à sang froid »). La température de leur corps dépend entièrement de celle de l’eau et, lorsqu’elle se réchauffe, cela augmente leurs besoins en oxygène. Or, plus la température de l’eau augmente, moins elle contient d’oxygène (l’eau chaude laisse s’échapper l’oxygène gazeux).
Sous l’effet de la canicule, cette augmentation du besoin en oxygène combiné à la raréfaction de l’oxygène dans l’eau entraîne donc une asphyxie branchiale aiguë chez le poisson 7,8.
Les insectes, ou la frontière de la température critique maximale
Les insectes résistent souvent mieux aux fortes chaleurs. Mais ils possèdent une température critique maximale au-delà de laquelle leurs systèmes nerveux et musculaire se bloquent.
Ainsi, malgré les cires protectrices qui recouvrent leur corps et réduisent la perte d’humidité, les petits insectes se déshydratent à une vitesse fulgurante sous l’action combinée de l’air sec et du vent chaud 9.
Chez les abeilles domestiques et sauvages, lorsque la température de l’air dépasse 38° C, la recherche de nourriture s’arrête. L’énergie de la colonie est alors entièrement détournée vers la ventilation du nid et le transport d’eau pour refroidir le couvain par évaporation 10.
Pendant la canicule, deux guêpes ventilent leur nid pour le rafraîchir ©MDL
Les lissamphibiens, ou la fragilité d’une peau perméable
La peau des grenouilles, crapauds, salamandres et tritons est perméable. Cela leur est indispensable car ils respirent par la peau.
Le dessèchement des milieux humides (plans d’eau et cours d’eau) et la hausse des températures de l’air détruisent leur film d’eau protecteur. Se retrouvant sans humidité, ils se déshydratent et meurent en quelques heures 11,12.
Serpents et lézards, ou le piège de l’ectothermie
Oui, les serpents et les lézards aiment le soleil. Mais ils ne peuvent pas réguler leur température interne physiologiquement et doivent alors se déplacer entre ombre et soleil. Ainsi, s’ils ne trouvent pas de terrier profond ou de crevasse fraîche lorsque les températures dépassent 38°C, ils meurent en moins de 30 minutes 13,14.
La canicule sur le lac de Grand-Lieu
Au lac de Grand-Lieu, les températures subsurface au niveau des herbiers de nénuphars ont dépassé les 31°C durant l’été 2026. Privée d’oxygène dissous par la chaleur et la décomposition de la matière organique, l’eau du lac est devenue impropre à la vie aquatique.
Une surmortalité des poissons s’est ainsi produite durant la nuit du 23 au 24 juin 2026, lors du pic de chaleur. La température de l’eau a dépassé la température maximale critique de certaines espèces. Comme celle du brochet, par exemple, qui est de 31°C. Brochets, perches, sandres, brèmes, carpes et gardons se sont alors accumulés par milliers sur les bords du lac, morts d’asphyxie.
Outre la mort directe des poissons, la chaleur participe également au développement des cyanobactéries, lié au phénomène d’eutrophisation du lac de Grand-Lieu. Le manque d’oxygène dans l’eau, quant à lui, favorise le botulisme aviaire, qui peut entrainer une forte mortalité des oiseaux d’eau.
Les incendies causés par la canicule : la double peine
Durant l’été 2026, la sécheresse de la végétation combinée aux températures caniculaires a déclenché des incendies dévastateurs. Depuis le début de l’année 2026 et à l’heure où nous écrivons ces lignes (fin juillet), près de 120 000 hectares de végétation ont brûlé en France hexagonale*.
Ces incendies ont entraîné des conséquences écologiques désastreuses, parmi lesquelles :
- la destruction irréversible de la faune à faible mobilité: tortues, serpents, jeunes mammifères, grenouilles, etc. ;
- la déstabilisation durable des territoires de chasse des rapaces ;
- la destruction des zones de nidification des passereaux.
⚠️ Changement climatique : le premier responsable des événements climatiques extrêmes (canicules, sécheresses, inondations etc.)
Si un incendie sur neuf est d’origine humaine (pyromane ou incendiaire), c’est bien le changement climatique qui augmente fortement la fréquence et l’intensité des sécheresses et des canicules propices aux incendies. En effet, le risque d’incendie augmente selon la règle des 3-30 :
- un taux d’humidité de l’air < 30%
- une température de l’air > 30°C
- une vitesse de vent > 30km/h
* D’après les données satellitaires du Système européen d’information sur les feux de forêt (European Forest Fire Information System, EFFIS).
La surchauffe des centre de soins de la faune sauvage
Tout au long des mois de juin et juillet 2026, les centres de soins de la faune sauvage, les membres du réseau LPO (Ligue pour la Protection des oiseaux) et indépendants ont frôlé la saturation opérationnelle.
En effet, les centres ont accueilli entre 60 et 120 animaux par jour : de 40% à 70% de prises en charge supplémentaires par rapport aux moyennes saisonnières ! Les espèces les plus touchées sont le Martinet noir, le Hérisson d’Europe, la Buse variable, ainsi que l’Effraie des clochers.
Les causes de décès les plus fréquentes varient selon les espèces :
- chez les martinets et les hirondelles : les chutes
- chez les hérissons : la déshydratation
- chez les rapaces et les passereaux : l’épuisement thermique
Aider la faune sauvage pendant les périodes de canicule
Face à l’urgence environnementale, des gestes simples et scientifiquement éprouvés peuvent être mis en œuvre par chaque citoyen pour porter assistance à la faune sauvage. Et ce, dans les espaces publics, sur son balcon ou dans son jardin.
Aménager des points d'eau sécurisés
- Dispositif : placer des coupelles peu profondes (2 à 5 cm d’eau) à l’ombre.
- Sécurité : déposer au centre une pierre plate ou une branche émergente afin d’éviter la noyade des insectes (abeilles, papillons), lézards et petits oiseaux.
- Hygiène : renouveler l’eau quotidiennement tôt le matin afin de limiter la prolifération bactérienne et le développement de larves de moustiques tigres.
Maintenir des zones de refuge et de fraîcheur
- Jardinage raisonné : cesser les tontes durant les mois chauds (sauf en cas de risque d’incendie). En effet, l’herbe haute conserve l’humidité du sol et crée un microclimat frais pour les reptiles, amphibiens et petits mammifères.
- Ombrage : conserver des amas de bois, des tas de feuilles mortes ou des paillages épais au pied des haies, pour offrir des abris isolants contre le rayonnement solaire.
Que faire face à un animal en détresse ?
- Règle d’or : ne jamais forcer un animal à boire ou lui verser de l’eau dans le bec/la gueule (risque mortel de fausse route dans les poumons).
- Prise en charge : placer l’animal affaibli dans une boîte en carton percée de trous, déposée dans un endroit frais, sombre et calme.
- Contact : enfin, joindre immédiatement le centre de soins de la faune sauvage le plus proche (Faunalis, Oniris…) ou un vétérinaire avant toute manipulation prolongée.
Références bibliographiques
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